New-York, at last. Il était temps de quitter la lenteur facile des nuits européennes, leur luxe simpliste. D'agir sans réfléchir, de commettre l'indispensable acte gratuit, le coup de tête obligatoire qui se justifierait par sa complète inutilité. Bordel, quel délice que d'improviser ! Une soirée, comme une vie, n'est réussie que si elle a mal commencé.
Partir : voilà un mot trop rarement appliqué. On ne doit plus rêver les mots, il faut les vivre. Brilliant contemple les buildings hystériques de la capitale du monde à travers les vitres huileuses de son taxi. L'idée de quitter Paris lui est venue alors qu'il conversait distraitement avec Martha, une petite Américaine joufflue mais très riche. C'est elle qui l'a abordé au bord du vide, sur la terrasse d'un appartement avec vue, pour lui narrer en un long monologue sa vie immobile. Plutôt que de s'évanouir d'ennui, Brillant a préféré s'enfuir, quitter la ville au milieu d'une phrase prononcée trop lentement, et se saouler dans l'avion.
-

